Publié le mardi 13 juillet 2010 à 11H59
Le bureau d'étude missionné par la CPA a rendu son rapport le 8 juillet. Début des travaux en septembre
Les odeurs de la décharge de l'Arbois persistent.J'ai appelé Airfobepà plusieurs reprises pour leur signaler les mauvaises odeurs surtout matinales et qui sont particulièrement pénibles en cas d'effort physique". Cette lettre, en date du 5 juillet, est signée Michel Peltier, vice-président de l'association de défense de l'environnement des Vitrollais (Adev), plus connue pour sa lutte contre le bruit des avions mais qui traite aussi des problèmes de nuisances olfactives.
La consultation du site de l'observatoire régional des odeurs en Provence Alpes Côte d'Azur (sro-paca.org) corrobore le témoignage de Michel Peltier. Cinq des douze rapports de plainte expédiés par Airfobep (l'association qui a en charge le suivi des nuisances olfactives pour l'ouest du département) à la Dreal (direction régionale de l'équipement, l'aménagement et du logement, ex DDE), concernaient Vitrolles.
Même chose pour cinq des huit rapports émis entre le 1er et le 8 juillet. Or, il y a rédaction de rapport lorsque dans la même journée trois plaintes pour mauvaises odeurs ou plus émanent du même endroit. Ce qui signifie un strict minimum de 30 plaintes au cours de ces six dernières semaines. " Les plaintes vitrollaises sont récurrentes, confirme le directeur d'Airfobep, Jean-François Mauro, et désignent toujours le centre d'enfouissement technique (CET) de l'Arbois. Nous avons rencontré le directeur de cette exploitation et nous lui avons proposé une campagne d'observation particulière".
Du seul bassin 3 en cours d'exploitation
Cette "observation particulière" se fera de deux façons. "D'une part avec des nez bénévoles formés spécialement à reconnaître les odeurs du CET, et qui auront à cerner les situations météorologiques générant les mauvaises odeurs. D'autre part avec le chef d'exploitation, il s'agira d'identifier les procédés qui génèrent ces nuisances et leur trouver des solutions".
Le bureau aixois Guigues Environnement chargé de l'enquête a rendu son rapport fin juin comme prévu. Il a été présenté aux élus de la CPA et de Vitrolles, ainsi qu'aux associations environnementalistes mardi 8 juillet dans les locaux du CET lors d'une réunion de la commission locale d'information et de surveillance (CLIS).
"L'étude révèle que 98% des odeurs proviennent bien du centre d'enfouissement technique, relate Michel Boulan, vice-président de la CPA en charge du dossier, et plus précisément du bassin 3, en cours d'exploitation et non couvert. Elle montre que les nuisances n'ont rien à voir avec l'usine de méthanisation récemment ouverte sur l'Arbois et qu'elles recouvrent une zone de six km de large autour du CET, ce qui comprend Vitrolles mais aussi Cabriès et la gare TGV. La cause principale est l'excès d'eau dû aux pluies de ces deux dernières années. Des liquides excédentaires fermentent et modifient les réactions chimiques à l'intérieur du bassin".
La CPA n'a pas attendu la livraison du rapport pour réagir. "Dès le mois de mars, nous avons mis en place un convoi de camions qui transportent chaque mois 40 000 m³ de lixiviat (1) excédentaires vers la station d'épuration aixoise aux Milles. Ce marché a été passé au mois de mars. La deuxième décision a été de construire un bassin de 500 000 m³ pour conserver ces lixiviats et les traiter sur place. Coût du bassin : 1 million d'euros. Les marchés sont en cours de rédaction, les travaux pourraient être lancés en septembre et terminés en mars 2011. L'étape suivante sera la construction d'une station d'épuration sur place à l'Arbois, ce qui exige des autorisations de l'État et se concrétisera ultérieurement".
Pour Michel Boulan, les riverains - de Cabriès à Vitrolles - les usagers de la départementale D9 et les passagers d'Aix TGV, devraient retrouver une paix olfactive dès la fin du prochain hiver.
(1): Eaux résultant de la fermentation des déchets dans les casiers des centres d'enfouissement.
********************************************************************************************************************************
Les nuisances olfactives, un problème récurrent depuis deux ans déjà...
C'est en 2008 que les mauvaises odeurs s'installent au premier rang des préoccupations environnementales des Vitrollais aux côtés des nuisances sonores liées à l'aéroport Marseille-Provence. En 2007, 26 plaintes vitrollaises pour mauvaises odeurs étaient enregistrées par Airfobep. En 2008, on en dénombrait 89 et 101 en 2009. Vitrolles entrait ainsi dans le top 5 des villes les plus malodorantes. Les plaignants qui se signalent par plusieurs pétitions, désignent unanimement le centre de traitement de l'Arbois qui dépend de la Communauté du pays d'Aix (CPA).
Suite aux rapports de plainte envoyés par l'association Airfobep à la Dreal (direction régionale de l'équipement, l'aménagement et du logement) et aux interventions de l'adjoint vitrollais à l'environnement Philippe Gardiol auprès de la CPA, en janvier dernier une mission est confiée à un cabinet d'experts indépendant, qui a eu six mois pour identifier la source des nuisances et déterminer les solutions appropriées.
Au mois de juin, lors de l'inauguration de la toute nouvelle usine de méthanisation de l'Arbois, le vice-président de la CPA en charge du dossier des déchets Michel Boulan annonce que les experts du cabinet Guigues ont déterminé l'origine des nuisances, confirmant qu'il s'agit bien du centre d'enfouissement technique. Et que les premiers travaux débuteraient fin juin. Hier, il a repoussé le début des travaux au mois de septembre.
********************************************************************************************************************************
Un nouveau cahier des charges
Le contrat d'exploitation du centre d'enfouissement technique de l'Arbois se terminera en décembre 2010. Le cahier des charges du prochain appel d'offres est en cours de rédaction. La Communauté du pays d'Aix entend bien y inclure de nouvelles exigences.
"Nous souhaitons pouvoir quantifier les odeurs et leurs nuisances, explique Michel Boulan. Il s'agit de constituer une référence, une norme acceptable par les riverains. C'est valable pour les déchetteries, mais pourquoi pas aussi pour les sites pétrochimiques qui ont les mêmes problèmes de nuisances. La constitution de cette base de données référentes a été confiée au jury de nez bénévoles qui travaillent actuellement sur les odeurs émanant du CET. Par ailleurs, le cabinet d'experts Guigues a créé une modélisation à partir d'une rose des vents qui permet de déterminer les zones couvertes par le panache de fumées odorantes".
Le nouveau cahier des charges exigera également la couverture d'un maximum de superficie du bassin 3 en exploitation. "Seuls les bassins ouverts émettent des odeurs, explique Michel Boulan, il doit être possible de déposer une couverture au fur et à mesure qu'avance l'exploitation de ce "casier".
Cette méthode devra être appliquée par le futur exploitant au début de l'année 2011, garantissant une baisse des nuisances olfactives.